Courrier remis en mains propres au groupe de travail mis en place par Luc Chatel et Jeannette Bougrab dans le cadre du Contrat d’Engagement Educatif.
Le 04 novembre 2011
Mesdames, Messieurs
Je souhaite désormais m’exprimer au nom des familles des victimes : Léa et Orane.
Je suis la maman de Léa décédée en colonie de vacances le 22 août 2009. Je suis une mère en colère mais pour autant tout à fait apte à décrypter les failles d’un système obsolète qui a conduit à la mort.
L’accident qui a coûté la vie de Léa et d’Orane, a clairement démontré que les conditions de travail des animateurs engendrent des séjours dangereux. Ce drame est le révélateur des dérives du Contrat d’Engagement Educatif lorsqu’il est utilisé à des fins de profitabilité pure par des organisateurs de séjours, peu scrupuleux.
Lors de notre rencontre le 25 octobre dernier, Monsieur Baguet a demandé à l’association «Les Amis de Léa et Orane» si elle souhaitait la mort du Contrat d’Engagement Educatif. Telle n’est pas son intention, la démarche est d’alerter sur les dérives de ce contrat qui elles, ont bel et bien tué.
Nous, familles de victimes, souhaitons que ce groupe de travail ne perde jamais de vue ce séjour de la honte qui a conduit à la mort. Vous devez avoir constamment à l’esprit les prénoms de Léa et Orane pour chacun de vos choix, chacune de vos décisions. Car la mort de ces deux enfants ne doit rien à la fatalité.
L’organisme responsable du drame a pignon sur rue. Il a les moyens d’acheter des pages publicitaires dans les journaux probablement grâce à l’économie réalisée sur la main d’œuvre. Il a fait de l’enfant un vulgaire produit ciblé et acheté sur fichiers, les animateurs sont instrumentalisés à des fins de rentabilité sous couvert de mouvements sociaux et populaires.
Nous avons acheté ce séjour pour nos enfants en toute confiance car il était proposé par notre Comité d’Entreprise mais en toute ignorance des failles de ce système, persuadés que les colonies de vacances étaient soumises à des contrôles draconiens de l’Etat. Nous étions persuadés que les critères de sécurité étaient stricts, incontournables et appliqués sur le terrain. Nous pensions que l’intérêt de l’enfant était une priorité dans un secteur d’activités encore préservé. Le prix du séjour en pension complète de 2 638 € permettait pourtant d’octroyer aux enfants des prestations de qualité et du personnel qualifié.
Certes, le risque zéro n’existe pas, mais rien n’a été mis en œuvre pour s’en approcher. L’organisme a exploité une main d’œuvre corvéable à merci soumise à aucune règle élémentaire du Code du travail.
Ce que nous avons découvert nous a stupéfiés, tant le décalage du rêve de la brochure et la réalité sur le terrain est grand !
Le 22 août 2009, Léa, 17 ans, et Orane, 16 ans, décèdent dans un accident de la circulation, c’est du moins ainsi qu’on nous le présente. En fait, l’animatrice du séjour, qui faisait également office de conductrice, s’est endormie au volant de son véhicule à 10 h 00 du matin le 10ème jour du séjour qui en comptait 20. Il n’y a pas eu intervention d’un tiers, la route était droite et la météo au beau fixe. L’animatrice, âgée de 31 ans, n’avait pas pu dormir, car le groupe avait établi son campement derrière une station service vers 2 heures du matin. Le manque de confort, l’heure tardive, l’absence de repos durant 10 jours consécutifs ont conduit à un drame qui finalement était prévisible. Le rapport de police* ci-joint fait parfaitement état de la fatigue.
Les animateurs, au nombre de 3, faisaient tous offices de conducteurs, donc 3 animateurs pour 3 véhicules de 12 places.
Ils devaient :
• encadrer les 20 adolescents,
• s’occuper de la gestion du budget qui leur était alloué pour la nourriture, l’hébergement et les activités qu’ils devaient dénicher au meilleur prix !
• préparer les repas
• assurer le transport des mineurs sur des milliers de kilomètres
La DDCS n’exige qu’1 animateur pour 12 adolescents. Le choix pour l’organisme de prendre 1 animateur supplémentaire pour le groupe de 20 mineurs en lieu et place d’un chauffeur professionnel était une démarche purement économique au détriment évident de la sécurité. Mais l’organisme fait diversion en décrétant que le quota exigé par la réglementation est dépassé. Ceci est une insulte supplémentaire pour les familles, les enfants blessés et décédés mais également pour la profession que vous défendez.
Nous considérons qu’il y a là faute lourde de l’Etat qui a ainsi manqué à son obligation de sécurité et de prudence et prendrons toutes les mesures nécessaires afin qu’une telle incurie ne puisse plus se reproduire.
Les animateurs rémunérés à hauteur de 20 euros par jour étaient tenus de travailler 7j/7, 24h/24.
Grâce au CEE, les organismes de vacances pour mineurs font du tourisme qui n’a rien de populaire ni de social. Les animateurs ne sont que les dindons de la farce !! Du personnel pour le moins hétéroclite corvéable à merci auquel on fait tout assumer. Car si comme on peut le lire dans un article du magazine l’Etudiant d’octobre 2011*, l’encadrement de tels séjours seraient extrêmement formateur et conseillé pour les étudiants qui font de hautes études, il ne faut pas oublier ceux qui exercent cette activité pour vivre et qui conscients d’être exploités et mal rémunérés, se contentent de passer des vacances à moindre frais (témoignage sur Europe1 d’aout 2011).
Selon vous à qui profite le CEE ?
L’année suivante en 2010, malgré notre drame, dont nous nous sommes fait largement l’écho auprès des autorités de l’Etat, le même séjour dans les mêmes conditions a été proposé aux familles et aux collectivités pour 400 euros de plus soit plus de 3000 euros ! Avec déclaration à la DDCS !
Aujourd’hui malgré tous nos efforts pour alerter sur les dangers, ces séjours sont encore proposés sans que la DDCS n’intervienne comme le démontre un courrier de Madame Jeannette Bougrab* en date du 25 juillet 2011.
Cela ne fait que prouver le peu d’intérêt que suscite la sécurité de l’enfant. Un principe de précaution, que nous avons réclamé, aurait du être appliqué immédiatement. Mais face à la léthargie régnante, depuis 2 ans nous devons nous battre pour nous faire entendre…
En revanche lorsque le Conseil d’Etat a validé la décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne d’octroyer 11 h de repos quotidien pour le personnel d’encadrement, un vent de panique a soufflé sur le petit monde des colonies de vacances. Nous avons observé l’accueil mitigé réservé à cette décision qui pourtant représente une avancée sociale pour ce personnel et surtout un gage de sécurité pour nos enfants.
Sous la pression du lobbying exercé par les organismes de séjours pour mineurs et de certains députés-maires, Monsieur le Ministre Luc Chatel a souhaité mettre en place un groupe de travail.
Le communiqué de presse* diffusé par le Ministère de l’Education Nationale est affligeant car seules les répercussions financières de la décision de la CJUE sont évoquées. Nous notons la volonté de notre gouvernement d’aboutir à une solution pérenne, respectueuse de l’économie globale du secteur et juridiquement viable… ce communiqué n’a aucune considération ni mention concernant la sécurité des enfants !!
Si, comme nous le craignons les contingences financières prennent le pas sur les véritables intérêts des jeunes et notamment sur leur sécurité nous serons là pour rappeler que ce groupe de travail est resté sourd à nos alertes.
Nous, parents de victimes, considérons que les colonies de vacances encensées par Monsieur Baguet dans les médias, n’existent plus.
En revanche, nous dénonçons une dérive certaine d’un système qui initialement était construit autour du volontariat, un système avec de vraies vocations sociales et populaires. Ces colonies bon enfant d’antan ont aujourd’hui disparu. Les séjours pour mineurs ne constituent plus qu’un vaste commerce très lucratif comme le prouvent la concurrence que se livrent les organismes présents sur le marché du tourisme pour mineurs et les confortables marges qu’ils dégagent et dont ils se targuent volontiers*.
Les colonies de vacances sont devenues du tourisme rentable. Le secteur a d’ailleurs été infiltré par des organismes purement marchands qui malgré ces temps de crise, revendiquent des chiffres d’affaires conséquents et une belle croissance. La marge dégagée leur permet même de réinvestir dans la communication comme l’illustre le communiqué de presse de TELLIGO*. Dès lors, pourquoi ne pas penser que les associations s’en tirent aussi bien ?
Si le but du groupe de travail est de sauver ces colonies purement commerciales, alors nous pouvons vous affirmer que les familles même les plus défavorisées n’en veulent pas !
Votre devoir est de réhabiliter les colonies de vacances dans ce qu’elles avaient de plus nobles en épurant ce secteur qui aujourd’hui est largement corrompu.
Car malgré le CEE, les séjours pour mineurs sont couteux et les prestations sont médiocres. En effet quel adulte ayant payé presque 3 000 euros accepterait de dormir par terre, de rouler des nuits entières avec des animateurs qui leur demandent de les tenir éveillés en chantant ou en mettant la clim à fond ? De manger des sandwichs à tous les repas…
Pensez-vous qu’il y ait là un quelconque contenu éducatif ou pédagogique dans ce genre de séjour ?
Vous trouverez également ci-joint des brochures* de séjours pour mineurs et pour adultes. La comparaison des tarifs et prestations proposées à ces deux types de clientèle parle d’elle-même.
Le choix de la clientèle adolescente est très judicieux : les adolescents sont malléables, crédules et n’ont pas une conscience réelle du danger.
Aujourd’hui, il est de votre devoir de colmater toutes les brèches dans lesquelles s’engouffrent les opportunismes d’un système bancal, qui usent et abusent du CEE, et dénaturent complètement les jolies colonies de vacances chantées par Pierre Perret.
Les dérives du CEE sont parfaitement connues. Des offres d’emplois illégales fleurissent sur les sites en ligne dédiés aux animateurs. Vous trouverez annexé à ce courrier les réactions* de directeurs et d’animateurs qui ne sont plus dupes de la manne financière qu’ils représentent.
Aussi, nous parents de victimes, vous mettons devant vos responsabilités.
Ce groupe de travail, ne peut ignorer les conséquences dangereuses liées à de mauvaises conditions de travail, à l’immaturité et la fatigue…
Ne pas octroyer 11 h de repos quotidien au personnel en charge de la sécurité de nos enfants engage la responsabilité de ce groupe et de notre gouvernement !
Vous ne pouvez vous octroyer le droit de faire voter en urgence des amendements à l’insu des familles. Vous tenez comme une certitude que vous rendez service aux plus défavorisés. Nous ne sommes pas convaincus que vous soyez l’écho impartial des familles que vous évoquez.
Vous ne pouvez ignorer que le secteur de l’enfance demande du professionnalisme.
A présent, vous n’ignorez plus rien des circonstances de la mort de Léa et Orane.
Suite au drame une procédure judiciaire est en cours en France et aux Etats-Unis. Une instruction est ouverte, elle a déjà donné lieu à la reconnaissance officielle de la mise en danger de nos enfants. Nous n’épargnerons personne, chacun devra prendre ses responsabilités dans ce drame. Nous familles de victimes assumerons les nôtres, l’ignorance n’est pas une excuse, nous considérons qu’il est de notre responsabilité d’alerter et d’informer. Car lorsque les témoignages sont venus à nous il était malheureusement trop tard.
Cependant nous voulons bien croire qu’il y a encore quelques irréductibles avec de vraies valeurs mais comment les reconnaître au milieu de ce panier de crabes ?
Là encore c’est au groupe de travail de remplir sa mission dans l’intérêt de l’enfant et non pas pour satisfaire l’économie globale du secteur.
Le système actuel engendrera d’autres drames, ne pas réagir immédiatement serait criminel.
Nous vous avouons avoir été surpris de nous voir octroyé 30 petites minutes pour aborder un sujet aussi grave et lourd de conséquences. Mais finalement nous sommes parvenus à la conclusion qu’il n’était nullement nécessaire d’avoir autant de temps pour démontrer une évidence.
La fatigue est accidentogène et génératrice de stress, ne pas tenir compte de ce constat revient à mettre les mineurs en danger en toute conscience.
Finalement il suffit de quelques secondes si l’interlocuteur est ouvert au bon sens.
Cordialement.
M. et Mme Gilles BALDACCINI
M. Gilbert POZZO DI BORGO
* document remis en mains propres






pas grand chose a dire a par : merci à vous parents d’avoir compris !
le combat demeure long mais c’est a cette heure si que les enjeux risque de pencher dans la balance
Bonjour,
Étant directrice de séjours de vacances et animatrice de longue date, je me permets de vous répondre.
J’ai travaillé pour TELLIGO plusieurs fois, et j’ai aussi été gênée par le prix de leurs séjours, et leur réinvestissement en communication tandis que le personnel encadrant restait sous-payé. Je travaille maintenant pour une association d’éducation populaire, dans un centre de loisirs qui accueille des enfants de tous horizons sociaux. De ce fait, je peux vous dire que modifier ce contrat CEE est une grande utopie. Dans les conditions actuelles de l’état, nous nous survivons pas, les subventions se raréfient, et même à 40 € bruts par jours, les charges sociales sont telles que nous ne pouvons nous permettre de recruter que le nombre d’animateurs légal d’animateurs (1 anim pour 12 enfants de plus de 6 ans, 1 anim pour 8 enfants de moins de 6 ans) . Faire passer une loi qui requiert 11h de travail par journée effectuée conduit obligatoirement à recruter une, voire deux personnes de plus, ce qui conduit à payer deux salaires de plus, deux fois plus de frais… Ce qui ne conduit qu’à une seule chose: des séjours beaucoup plus chers! Malheureusement, actuellement lorsqu’on parle d’animation, ça n’est plus la pédagogie qui parle, ni même la sécurité, mais l’argent, la rentabilité. C’est la volonté du gouvernement qui mène les associations à payer les animateurs au lance-pierre, en coupant toutes les subventions qui les font vivre. Je vous rejoints sur ce que vous dites, mais sachez que nous allons droit à la mort de l’éducation populaire en tenant de tels discours car à l’avenir, les parents auront de moins en moins de moyens, l’état donnera de moins en moins d’argent, mais de plus en plus de charges!! La solution n’est sûrement pas dans le fait de contraindre encore plus les obligations des associations, mais plutôt dans le fait de professionnaliser l’animation, de se garantir du personnel qualifié et capable d’encadrer et de garantir la sécurité des mineurs accueillis, et de pouvoir le payer à hauteur des responsabilités qu’il porte tout au long de l’accueil des enfants. L’animation n’est, et ne doit pas être du tourisme (ni pour les enfants, et encore moins pour les anim!!!).
Cependant, tant que les lois seront faites par des personnes assisent dans des bureaux, sans aucune conscience du terrain ni de la réalité, la situation ne pourra évoluer dans le bon sens!
Votre histoire m’a beaucoup touchée, sachez que lors de l’accident de votre fille j’étais moi-même en séjour avec des enfants, et que cela m’a beaucoup affecté, ainsi que l’équipe et tous les enfants.
Croyez bien que mes pensées vont vers votre famille et celle d’Oriane.
Bonjour, j’ai bien lu votre commentaire et je m’empresse de le faire parvenir à ma fille pour qu’elle en prenne connaisssance.
Je pense qu’elle va vous écrire elle même car ce que vous dites est très interesssant .
Cordialement JANINE